SMS et rébellion touareg

Publié le 13 Juin 2006

Otravistacolonelfagaga Baptiste Lignel, mon neveu – vous voyez d'ici le parti pris – m'a vraiment surpris en organisant et en gérant, mobile en main, un reportage dans la rébellion des Touaregs du Mali. De mon temps… (soupir).

Photographe intéressé par le sujet, il est d'abord alerté sur la tension montante par une collègue qui lui file quelques dépêches (ça sert encore ces trucs-là). Il saute aussitôt sur son portable et envoie un SMS à son contact dans la région. La confirmation est presque instantanée. Il demande s'il peut venir. En moins de 24 h, le colonel Hassan Fagaga, chef militaire des insurgés, lui dit qu'il est le bienvenu.

Tout ça par SMS. Il peut en envoyer ou en recevoir à tout moment en passant soit par un téléphone satellite que possède les insurgés soit par son contact dans la ville de Kidal où le réseau cellulaire fonctionne. (Passons sur les problèmes de sécurité que ça pose.)

Voici une partie du courriel où il explique comment ça marche:

"Sur place (et sur les photos), mon contact a souvent les deux téléphones. Il les utilise en fonction du coût des messages et des interlocuteurs.Otravistasoldatchrcheconnexion

Au sein de la rébellion.

Les deux officiers, ainsi que les « chefs de groupe », en ont chacun un. De même que chaque groupe de sentinelles qui sont postés sur les hauteurs autour des campements (relevés une fois par semaine). « C’est plus cher, mais c’est plus pratique que les coups de feu » me dit le Capitaine Agfaki.

Le téléphone satellite sert donc pour prévenir en cas d’attaque. Et bien sur de pont entre la montagne et le reste du monde.

Exemple marrant : coup de téléphone de mon contact à la responsable Afrique de RFI à Paris, suite à la fausse information du retour en caserne du Colonel. Il finit par lui dire « pourquoi vous ne l’avez pas appelé pour avoir les informations en provenance de l'intéressé lui-même ». Donc l’accès direct est possible par le biais du téléphone satellite.

Depuis mon retour, je reçois pratiquement un sms par jour, me tenant au courant des évolutions de la situation, notamment au moment de l'offensive du 23 mai sur Kidali et Menaka."

Otravistacontact2cells Quelques jours plus tard, il m'envoie un nouveau mèl avec ces mots:

"Tu vas pas le croire : je viens de recevoir un coup de tél (satellite) de Fagaga, pour me demander de bien vouloir donner certaines de mes photos à l’un de ses gars qui vient à paris, pour faire… un site web !

Il m’a aussi donné son adresse web qu’il a mise en place dans les cailloux…

C’est le marketing de la rébellion…"

J'oubliais de signaler que Baptiste a pu tenir sa famille au courant presque chaque jour pendant la totalité de son reportage. Toujours par SMS.

Je vous le disais… de mon temps c'était pas comme ça. On passait des semaines sans pouvoir donner signe de vie, ni envoyer des papiers. C'était pas mieux.

Explications de Baptiste sur ses photos:

"Voici trois photos : l’une du colonel Fagaga regardant une vidéo sur le portable de celui qui m’a conduit au camp. La seconde un des « soldats » qui cherche à capter hors de la voiture, sur la route entre Kidal et le campement. La troisième, mon contact qui jongle entre son cellulaire et son satellite pour organiser mon départ pour le campement."

Plus de photos sur Otra-Vista: ici et ici.

 

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