Le futur du livre (5): Google, ennemi public?

Publié le 12 Juin 2006

Jokerfromoldbooksorg Ceci est le dernier billet de ma série sur l'article de Kevin Kelly, ex-rédacteur en chef de la revue Wired, concernant le futur du livre et les positions sensiblement différentes prises par Bob Stein, directeur de l'Institut pour le futur du livre (voir ces billets: un, deux, trois, quatre).

C'est à propos de Google qu'ils diffèrent le plus.

Dans son article, Kelly se fait clairement l'avocat du Google Library Project sur deux points importants. D'une part, les maisons d'éditions ont une attitude contradictoire. Favorables à la digitalisation des livres disponibles (ça permet de les trouver grâce aux moteurs de recherche), elles sont contre quand il s'agit de livres épuisés et "abandonnés par les éditeurs parce que non rentables".

Il estime par ailleurs satisfaisant que Google rejette sur d'autres la responsabilité de s'opposer à la digitalisation d'un ouvrage au motif qu'il est "pratiquement impossible de trouver les ayants droits des ouvrages orphelins".

Et qu'on ne vienne pas lui dire que c'est mauvais pour les auteurs. "Google est devenu un outil pour trouver [les œuvres] voir un outil de marketing. Alors qu'un petit nombre d'auteurs de best-sellers craignent la piraterie, tous les auteurs ont peur de l'obscurité."

Farouche partisan de la digitalisation, nous l'avons vu, Bob Stein diffère de Kelly sur la meilleure façon d'y parvenir. "Je considère que Google est l'entité la plus dangereuse qui soit au monde," m'a-t-il confié par téléphone. "Bien plus que Microsoft ne l'a jamais été, pour la simple raison qu'elle recueille toute l'information existante."

"Le drame c'est que nous nous servons tous de Google et que nous l'aimons pour ce qu'elle permet. Le diable est dans le même paquet."

Il m'a tenu ces propos avant que le gouvernement des États-Unis ne demande aux principaux moteurs de recherche de garder toutes les informations qu'ils ont sur nos requêtes et nos échanges de mèls pendant deux ans.

"L'idée que Google, une société privée puisse contrôler l'accès à toute l'information me fait horreur" ajoute-t-il. "Que les Américains ne voient pas le danger me semble incroyable. Heureusement que les Européens essayent de monter une réponse."

Ajoutons qu'à côté de Quaero, le projet européen reposant sur des initiatives publiques, il y a l'Open Content Alliance lancée par Yahoo et the Internet Archive (voir aussi leur Open Library). Les livres indexés y seront ouverts à tous. Ils seront d'abord pris dans le domaine public, puis avec la permission préalable des ayants droits.

Alors, laquelle de ces solutions préférez-vous?

[Image trouvée sur FromOldBooks.org]

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