MySpace (3): les mauvaises raisons de ceux qui ont peur

Publié le 14 Avril 2006

Anabellemyspace Après avoir abordé avec Danah Boyd, l'importance de MySpace dans la constitution à tâtons de leur identité par les adolescents (voir ce billet), puis le rôle que le site joue dans la société américaine où les jeunes manquent de mobilité autonome et de lieux pour se réunir (voir ce billet), voyons maintenant pourquoi ce site très libre fait peur… à certains adultes.

Le scandale menace à cause d'une poignée de vieux pervers.

Du coup, les annonceurs hésitent, les parents s'inquiètent et les médias sautent sur l'occasion.

"On court le risque de voir s'installer une panique morale" m'a expliqué Danah Boyd. "Toute la question est de savoir si cela correspond à un problème réel." On est loin du compte puique
"il n'y a eu aucun rapt par des étrangers sur MySpace. On a recensé une vingtaine d'adolescents, incités à rencontrer des vieux mecs qui les mettent dans des situations inconfortables."

Il y en a sûrement plus reconnaît-elle mais "ces chiffres sont minuscules si on les compare au nombre de professeurs, docteurs et parents qui agressent sexuellement leurs enfants." De fait, le FBI a enregistré 15.700 viols au niveau national en 2000 selon un article récemment publié par Wired. Une toute autre échelle.

D'ailleurs, explique-t-elle, la plupart des adolescents sont au courant des risques qu'ils courent online. "Ils ignorent les gens qu'ils ne connaisent pas, sauf s'ils sont connectés à un de leurs amis" m'a expliqué Danah. "Ils ne vont pas sur MySpace pour rencontrer des étrangers. Ils s'y rendent pour y retrouver leurs amis."

"Elle a tout à fait raison," m'a confirmé Anabel, étudiante à l'Université de Santa Cruz à qui je faisais part de ce commentaire. Je me sers de ma page seulement pour garder le contact avec mes amis… et avec ceux de leurs ami dont je me sens proche."

On assiste selon Danah à un "fossé générationnel où les adultes sont incapables d'aborder les pratiques de leurs enfants dans les termes des enfants." Ils ont d'autant plus peur que contrairement à ce qu'ils ont connu eux-mêmes les jeunes ne se contentent plus de consommer des univers différents, ils les produisent.

L'enjeu dans cette affaire, c'est la négotiation entre générations différentes d'espaces publics inexistants (ou insuffisants) et indispensables au développement des jeunes. Mieux vaut ne pas céder à la panique.

 

Interview de Danah Boyd par Bill O'Reilly sur YouTube

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