MySpace remplace l'absence d'espaces jeunes dans le monde réel (2)

Publié le 14 Avril 2006

Danahboydmirror_1 Dans mon billet d'hier j'ai essayé de montrer l'importance de MySpace pour les jeunes américains en faisant appel à Danah Boyd, une des rares chercheuses à s'être penchées sur le sujet. Elle continue aujourd'hui son explication.

Chaque usager a donc une page sur laquelle il/elle établit un "profil" qui est une sorte d'identité sociale d'importance considérable, surtout chez les adolescents. Une fois qu'il est en ligne, les copains viennent y ajouter leurs commentaires. Ils aident ainsi à la mieux ciseler.

Les commentaires "sont une forme de monnaie culturelle d'échanges" explique Boyd. "Chaque fois que quelqu'un pense à quelqu'un d'autre, chaque fois qu'ils passent par là, ils laissent un commentaire… Ils s'assurent ainsi que le propriétaire de la page aussi bien que ses visiteurs ont conscience de leur présence." Du coup, "vérifier les messagers et obtenir des commentaires est ce qui ramène les gens sur MySpace tous les jours."

Le site devient ainsi un espace public virtuel. C'est, avec la production d'identité évoquée hier, l'autre notion clé.

Danah est très claire là-dessus: "Ça n'est pas la technologie qui encourage les jeunes à passer du temps online, c'est le manque de mobilité et d'accès à des espaces pour jeunes où ils pourraient retrouver leurs copains (hang out) sans être dérangés," écrit-elle dans l'un de ses essais. Elle m'a expliqué par téléphone que cette absence d'espaces publics où se retrouver est une des caractéristiques de la situation de la jeunesse américaine d'aujourd'hui. MySpace pallie cette absence.

Elle en conclue que le phénomène ne pourra pas se reproduire exactement de la même façon ailleurs. "En Europe ça sera mobile. Les jeunes sont plus attachés à leur mobile et ils ont plus l'occasion de se déplacer. A Tokyo un enfant de sept ans peut aller seul en métro à l'école. C'est impensable ici."

Une des caractéristiques de MySpace, une des raisons de son succès, c'est qu'à la différence de certains de ses prédécesseurs (dont Friendster qui avait ouvert la voie) MySpace a choisi de laisser les jeunes fixer les règles. Elle les "laisse définir la culture" affirme Danah Boyd. C'est bien pour cela qu'ils aiment s'y retrouver. C'est aussi pour cela que MySpace fait peur… à certains adultes.

Ce dont je parlerai dans le billet suivant pour ne pas abuser de votre temps de lecture.

A suivre donc… tout de suite.

Et si ça vous intéresse, ne manquez pas ces deux essays de Danah Boyd sur MySpace:

"Identity Production in a Networked Culture: Why Youth Heart MySpace"  

"Friendster lost steam. Is MySpace just a fad?"

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