Journalisme citoyen : réflexions sur un échec

Publié le 25 Janvier 2006

Gillmorohmynews_2 Ça n’est pas dit clairement mais tout indique que Bayosphere, l’initiative de journalisme citoyen lancée par Dan Gillmor est sur le point de s’éteindre. Dan est l’auteur de We the Media et l’un des gourous du mouvement, par ailleurs florissant, de journalisme citoyen (voir ce billet et celui-ci). La lettre qu’il vient de publier sur son site mérite donc toute l’attention de ceux qui s’intéressent au sujet.

L’annonce :

Although citizen media, broadly defined, was taking the world by storm, the experiment with Bayosphere didn’t turn out the way I had hoped. Many fewer citizens participated, they were less interested in collaborating with one another, and the response to our initiatives was underwhelming. I would do things differently if I was starting over.

Quelques leçons

Un peu plus bas il dresse une liste partielle des leçons apprises. En voici quelques éléments et fragments:

· Demander aux gens de s’identifier avant de participer limite la participation mais augmente la qualité.

· Les journalistes citoyens ont besoin d’assistance et de collaboration. “They want some direction and a framework, including a clear understanding of what the site's purpose is and what tasks are required.”

· Les outils dont ont dispose aujourd’hui sont encore faits pour ceux qui n’ont pas peur de la technologie. Ils sont donc pratiquement inutilisables par presque tous les autres.

· C’est la communauté qui compte le plus: “Tools matter, but they're no substitute for community building.”

· Dans la répartition des tâches on ne peut pas avoir le travail d’un côté et les revenus de l’autre. Il faut de l’argent et il doit être réparti: “There must be clear incentives for participation, and genuine incentives require resources.”

· L’essentiel reste l’audience: “Although the participants -- citizen journalists and commenters -- are essential, it's even more important to remember that publishing is about the audience in the end.”

Parmi les erreurs qu’il n’hésite pas à s’attribuer, Gillmor reconnaît qu’il ne se sentait pas bien comme entrepreneur et qu’il est plus du genre .org que .com.

Une nouvelle initiative

Il reconnaît donc l’échec – ce qui ne veut pas dire que Bayosphere n’aura pas une autre vie – mais il demeure convaincu que “A more democratized media is crucial [for] our common future -- grassroots ideas, energy and talent.”

La preuve en est qu’il persiste et signe avec le lancement du Center for Citizen Media.

Certains seront tentés de conclure que c’était prévisible alors que d’autres s’entêteront sans prendre le temps de réfléchir.

Je crois la démocratisation de la pratique du journalisme est essentielle, que les outils sont là et qu’un peu partout on commence à s’en servir. On en est encore au stade des expériences. Elles ne peuvent pas toutes réussir.

Cela étant, un échec de Dan Gillmor oblige à la réflexion critique. Il aparaissait comme le mieux placé, comme celui qui avait pensé le problème avec le plus de sérieux.

Je crois que nous pouvons le remercier trois fois :

· Pour avoir vu venir le mouvement et consacré un livre au journalisme citoyen ;

· Pour avoir eu le courage de tenter l’aventure ;

· Pour donner les éléments d’une réflexion critique et le message que cela vaut la peine de continuer.

Mais… que dites-vous de tout cela ?

Commenter cet article