Conversations et réseaux : l’audience en question

Publié le 14 Décembre 2005

Conversationpinguins Je réponds à un commentaire à mon billet précédent.

Éric écrit :

« Je souhaiterais que vous precisiez le concept de réseau versus l'audience fragmentée qu'évoque les auteurs de La presse sans Gutemberg. Et vous faire commenter cette expérience que j'ai eu sur votre blog. Dans un de vos papiers vous regrettiez que le nombre de .fr s'élevait à peine à plus de 350 000 unités (je cite de mémoire...) Je vous répondais factuellement que ce chiffre était très cohérent avec le volume d'émétteurs possibles, ie le nombre d'entreprsies françaises, petites et moyennes. A la suite de mon commentaire, en virent une bonne vingtaine, très idéologiques (le déclin de la France...). Ils sont strictement parallèles au sens où ils ne se croisent jamais. Il n'y a pas le début du commencement d'un dialogue, de la constitution d'un échange, d'un réseau. »

Tout ce qui bouge n'est pas réseau - bien sûr - et l’exemple donné est pertinent. Fogel et Patino ont d'excellentes raisons à l'appui de leur thèse.

Mais si tout n'est pas « réseau » il n'est pas moins clair que des réseaux se constituent... parfois. Ils donnent lieu à des conversations, à des relations humaines, à des actions.

Ça commence en général par des conversations. Elles se nouent et se dénouent comme celle-ci (imparfaite je le reconnais) ou comme celle plus « horizontale » initiée à partir d’un billet antérieur entre le lecteur qui demandait la définition d’un algorithme et la réponse… d’un autre lecteur (voir aussi ce billet). Il ne s’agit que de balbutiements qui ouvrent la porte sur un univers plus riche et généralement étranger aux médias traditionnels.

Il n'est compréhensible, je pense, que si l'on prend en compte qu'une bonne partie des réseaux que j’évoque tombent dans la catégorie "smart mobs" qui désigne des gens qui font des choses ensemble sans se connaître avec des objectifs limités et temporaires.

Les exemples connus (concernant les médias) sont la façon dont les blogueurs ont opéré pour dénoncer Trent Lott aux États-Unis, ainsi que Dan Rather (un coup à droite, un coup à gauche). En France, au moment du référendum sur la constitution européenne, le net a été l’espace d’une effervescence de « l’audience » qui est passée sous le radar de la presse.

En fait, les blogs n'invitent que très imparfaitement à la création de réseaux.

L'interaction est plus riche sur les forums (voir par exemple Univision.com).

Et il y a l'évènement qui pousse les gens à réagir. Exemple : la réaction des Espagnols après les attentats de Madrid en mars de l'an dernier. Blogs, sites web, forums, chats, messageries instantanées, téléphones mobiles, etc. ont contribué à l'émergence d'un mouvement de masse qui allait contre ce que disaient les médias les plus importants et qui s'est traduit par un changement de direction politique du pays. Idem pour OhMyNews dans des circonstances moins dramatiques en Corée.

En résumé, la communication horizontale et la participation du public dès qu’on lui en offre la possibilité donnent lieu à des conversations et, parfois même à des réseaux (limités et temporaires, pas des institutions). Toute l’audience n’est pas structurée, mais des rudiments de relations, d’organisation émergent… Et ce sont le gens qui décident.

Allez… causez !

Commenter cet article