Une presse prise entre les algorithmes et l’audience

Publié le 12 Décembre 2005

Algorithmeepflch Networkseiconessonet Ceux qui s’interrogent sur la façon dont l’internet bouleverse nos activités les plus importantes - en particulier la presse - disposent avec La presse sans Gutenberg, d’un livre à la fois concret et stimulant pour la réflexion (voir ce billet).

Selon ses deux auteurs, Jean-François Fogel et Bruno Patino, la presse est obligée de  changer sous la double pression de l’audience et des algorithmes.

Ces derniers sont au cœur du fonctionnement des moteurs de recherche, principale source d’accès aux sites d’information. Ils permettent à Google News, Yahoo News et leurs semblables de nous présenter un classement acceptable de l’information publiée sur des milliers de sites. Plusieurs fois par heure ils refaçonnent des sites comme LeMonde.fr en fonction de l’actualité, du trafic, et des sujets qui attirent les lecteurs.

« Produire l’information compte pour très peu, écrivent Fogel et Patino : elle est partout disponible. » Qu’il est bon que de vrais journalistes le disent ! Mais ils ajoutent aussitôt : « En revanche, maîtriser sa recherche et son transfert deviennent les activités essentielles. Tout média qui s’installe en ligne se soumet à cette hiérarchie dans un jeu neuf où les hommes rivalisent avec des systèmes. »

Ils intitulent même un de leurs sous chapitres « Algorithme, mon semblable, mon frère ».

L’audience, pour sa part, est plus présente, plus participante, plus agressive que jamais. Elle a les moyens de s’exprimer et elle s’en sert. Elle doit en partie son importance au fait que sur l’internet, « la référence de la presse est le trafic ».

Mais l’audience, pour Fogel et Patino, est doublement fragmentée. D’une part les contenus perdent la cohérence de la hiérarchie traditionnelle proposée par les rédactions (on y arrive de multiples façons et on tisse ensuite son itinéraire). Le public qui y accède éclate en niches isolées. L’internet est le média ultime, partout présent, mais la dernière phrase du livre est implacable : « C’est le média sans masse, instantané, le réseau où chacun se déplace trop vite pour être le témoin, même furtif, de sa propre solitude. »

Ça mérite une discussion.

La fragmentation de l’audience est incontestable pour les médias traditionnels qui se situent dans une certaine géographie physique, nationale ou locale. Mais sur le net l’audience se restructure en réseaux sociaux qui créent leurs propres communautés de sens. Les nouveaux médias sont « sans masse » mais pas « sans réseaux ».

C’est, pour moi, ce qu’il y a de plus nouveau, de plus compliqué à saisir et à expliquer.

J’ai demandé à Fogel ce qu’il en pensait et je vous donnerai sa réponse avant la fin de la journée.

N’hésitez pas à donner la votre en attendant.

 

[Image d’algorithme trouvée sur le site du Labo de réalité virtuelle de l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne. Image de réseau trouvée sur le site de Seiconnesso.net]

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