Grokster tristesse

Publié le 8 Novembre 2005

GroksterLa mort de Grokster, le site d’échange de contenu (musique et le reste) me rend morose et triste.

Ça vous a un goût amer de bataille perdue, de celles qu’on reconnaît avoir perdu mais face auxquelles la défaite ne nous convainc pas que nous avions tort. J’ai le fort sentiment que le monde s’est un tout petit peu fermé.

Ce qui se joue dans cette affaire, c’est la conservation, voir l’extension de conceptions archaïques du droit de propriété intellectuelle. Des conceptions qui ne correspondent plus aux technologies du moment, à la nécessité d’encourager l’innovation, au besoin de partager les connaissances.

Avoir écrit contre l'optimisme ambiant, il y a plus de deux ans, que cette victoire était possible ne m’est pas de la moindre consolation. Relire me sert simplement à me rappeler cette métaphore utile des économistes selon laquelle « le marché est pour l'essentiel composé de souris et d'éléphants. Il suffit presque toujours de contrôler les activités de ces derniers pour mettre de l'ordre ». En fermant les principaux sites et en s’attaquant, comme elles l’ont fait, aux Universités, les Majors du divertissement ont au moins gagné quelques années.

Tout ça c’est la faute à la Cour Suprême des États-Unis nous rappelle Ars Technica. C’est elle qui a décidé en juin dernier que les sociétés d’échanges libres de fichiers sont responsables du contenu qui s’échange sur leurs sites parce qu’ils « encouragent » le non-respect des lois sur le copyright. N’empêche, la victoire revient pour la seconde fois à la Recording Industry Association of America (RIAA) à laquelle s’est jointe en l’occurence la Motion Picture Association of America (MPAA), c’est à dire Hollywood.

Il y aura toujours des échanges libres de fichiers, comme ceux qui ont lieu sur les fameux Darknets dont le nombre augmente comme le montrent le blog et le livre du même nom de J.D. Lassica. Ce dernier, commente même la mort de Grokster avec un pied de nez, sous forme d’une estimation selon laquelle le nombre de personnes qui utilisent des réseaux de partage de fichiers (file-sharing networks) sur l’internet a augmenté depuis juin et se situe maintenant à 9,2 millions de personnes. Comme si c’était incontenable.

J’admire cet optimisme et quelque part, je crois aussi que ces messieurs qui ont convaincu la cour suprême finiront par perdre d’importantes batailles auprès des usagers. Mais les Majors ont gagné une bataille et nous ne pouvons pas l’ignorer.

Je crois que c’est important et que ça dépasse largement le monde de la technologie.

Et vous ?

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