« La sécurité par la connaissance »

Publié le 19 Octobre 2005

Tel est le titre d’un billet posté par Jamais Cascio (un copain) sur son fabuleux blog Worldchanging.

Partant du même éditorial écrit par Ray Kurzweil et Bill Joy qui avait inspiré mes questions d’hier, il prend une position radicalement opposée à celle des deux auteurs et réaffirme sa confiance dans la plus grande circulation possible des connaissances (open access).

Jamais reconnaît d’abord que si des scientifiques on pu reconstituer le génome de l’influenza de 1918 cela veut bien dire que c’est possible. En clair, d’autres peuvent y parvenir également.

Mais, selon lui, la diffusion de la séquence sauvera des millions de vie.  Genomeinfluenzaermmuk

L’influenza de 1918 était une grippe aviaire dont le virus avait muté au point de permettre la contagion entre humains. Étudier sa nature peut nous permettre de mieux comprendre comment le H5N1 qui menace aujourd’hui pourrait évoluer.

Because we can study the 1918 viral sequence, researchers around the world will be better-positioned to understand and respond to a human-transmissible H5N1 pandemic.

Jamais rappelle en outre que c’est la libre circulation des connaissances disponibles sur la pneumonie atypique (SARS) qui a permis à un réseau de scientifiques éparpillés de par le monde de trouver très vite la parade.

Il cite un rapport du U.S. National Research Council selon lequel, dans l’affaire du SARS :

The sequence data also allowed research scientists throughout the world to begin immediately to analyze viral structure, function, and the molecular basis of how it might cause illness.[...] The sequence data were also crucial to global efforts to develop candidate vaccines, antiviral drugs, and especially accurate, sensitive diagnostic tests.

Jamais estime que la publication du génome de l’influenza de 1918 « est beaucoup plus utile pour ceux qui essaient de nous défendre tous des pandémies que pour la poignée de ceux qui pourraient essayer de nous attaquer ». Il va plus loin :

Open, global access to fundamental information about viruses and other pathogens doesn't endanger us, it empowers us. Because scientists sequenced and published the genome of the 1918 flu strain, efforts to understand its mechanisms will give researchers a head start on finding treatments for the pandemics to come.

Je dois avouer que j’hésite.

Je suis par principe et par expérience pour l’accès ouvert aux connaissances et aux informations. Je suis également d’accord avec Jamais pour dire que divulguer l’information est essentiel pour multiplier les chances de contenir rapidement une pandémie menaçante.

Je suis néanmoins convaincu qu’il y a dans le monde des individus et des organisations, qui seront tentés de s’en servir comme d’une arme destructrice et qui en ont peut-être les moyens (je l’ignore mais n’ai pas le droit d’ignorer que la question se pose).

Le débat est essentiel. Il ne se limite pas à la divulgation du génome de l’influenza de 1918.

Qu’en dites-vous ?

[Graphique "Structure   and genome organisation of influenza viruses" publié par Expert Reviews in Molecular Medicine, GB]

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