C’est grâce aux hippies (2)

Publié le 21 Juin 2005

J’en étais donc resté hier à la conférence historique du 9 décembre 1968 telle qu’elle est rapportée dans le livre What the Dormouse Said, How the 60s Counterculture Shaped the Personal Computer Industry (Viking) de John Markoff, journaliste spécialiste des technologies de l’information au New York Times.

Ce jour là Doug Engelbart, connu comme inventeur de la souris, montra comment son oNLine System permettait d’éditer un texte sur un écran – une révolution à l’heure des cartes perforées – d’établir des hyperliens entre deux documents et de mélanger textes, graphiques et même vidéo. Il s’offrit le luxe d’évoquer un réseau expérimental d’ordinateurs qui devait devenir ARPAnet, l’ancêtre de l’internet.

En bref, tous les aspects importants du monde informatique d’aujourd’hui furent évoquées lors de cette présentation qui reste, selon Markoff et beaucoup d’autres, « la démonstration de technologie informatique la plus remarquable de tous les temps ».

C’était d’autant plus remarquable qu’Engelbaert et son équipe représentaient un des pôles d’un affrontement presque idéologique qui l’opposait au Stanford Artificial Intelligence Laboratory (SAIL). Selon Markoff : « Un des deux groupes cherchait à augmenter l’esprit humain (augment the human mind), l’autre à le remplacer ». Une tension qui demeure très présente.

Plein d’histoires

Les histoires racontées dans ce livre partent d’un dîner avec Engelbaert qui fascina Markoff parce que les histoires qui y furent échangées « ne concernaient pas la technologie mais les vies des chercheurs eux-mêmes, leurs relations personnelles, les drogues qu’ils prenaient, les plaisirs sexuels dont ils jouissaient, le rock and roll qu’ils écoutaient, et les protestations politiques auxquelles ils prenaient part ».

Au même moment, dans des groupes très proches et souvent connectés, on expérimentait le LSD avec pour objectif « d’augmenter » d’une autre façon l’esprit humain. C’est sans doute pour cela que tant d’individus ont participé aux deux aventures. Le plus célèbre d’entre eux étant sans aucun doute Steve Jobs.

Ce livre nous donne un aperçu des réseaux de la contre culture et des liens connectant Engelbart et Stewart Brand, fondateur du Whole Earth Catalogue, avec, par exemple Alan Kay, créateur du Alto, le premier PC mis au point au PARC de Xerox, Ted Nelson, parrain de l’hypertexte et Fred Moore, pacifiste convaincu, qui contribua aux débuts du mouvement de protestation contre la guerre du Vietnam à l’Université de Berkeley.

Lettre de Bill Gates

Fred Moore créa le Homebrew Computer Club avec pour mission de partager l’information, à commencer par les programmes informatiques. C’est à ce petit groupe que Bill Gates envoya une lettre en 1975 où il les accuse de « voleurs » parce qu’ils ont fait circuler une version de BASIC, le programme qu’il avait écrit avec Paul Allen.

La tension entre ceux qui considèrent que l’information doit être partagée et donc circuler librement et ceux qui entendent exercer un droit de propriété pour gagner des fortunes était ainsi posée très tôt. C’est la même qui oppose aujourd’hui le même Gates, les compagnies de disques et Hollywood, d’un côté, à Linux et aux tenants du mouvement pour le software libre de l’autre… avec toutes les nuances que l’on connaît au milieu.

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