L’art de suivre tout ce qui bouge pour prévoir l’avenir

Publié le 31 Mai 2005

L’originalité de Future in Review, la conférence annuelle de Mark Anderson (voir ce billet) est que pour mieux comprendre le futur des technologies de l’information, qui demeurent le centre principal d’intérêt de la majorité des participants, elle essaye de suivre en même temps tout ce qui bouge à la surface de la planète (et pas seulement). Un exercice décapant.

J’ai déjà parlé de Scooba et Roomba, ces mini robots pour le nettoyage qui marquent peut-être un changement radical dans notre peur des machines intelligentes (voir ce billet).

Les vols spatiaux sont plus importants que le traitement du cancer

A l’autre extrême, Elon Musk, patron de SpaceX et fondateur de PayPal a présenté un programme de conquête privée de l’espace qu’il a justifié en des termes ambitieux : « réussir les vols spatiaux est plus important que guérir le cancer parce que ça pourrait permettre la survie de l’espèce s’il se passe quelque chose sur la terre. Si on parvenait à guérir la mort ça serait une autre histoire, » a-t-il déclaré avec un sourire de gamin facétieux. En attendant, la convergence de la nanotechnologie et de la biotechnologie permet de passer d’un traitement pour guérir à la production de nouveaux tissus sains a expliqué Alan Russell, responsable de la médecine régénérative à l’Université de Pittsburgh. Un utérus peut être développé hors du corps humain puis inséré et produire des enfants. Les militaires américains investissent dans la recherche pour la génération de membres. "Si un triton peut le faire, pourquoi pas nous, » a déclaré Russell.

Une des plus grandes vertus de cette conférence qui ne se limite pas aux technologies de l’information réside dans le fait que la tribune est ouverte à des participants (choisis par Anderson) qui ont quatre minutes pour donner leur vision d’un aspect du futur. Ça valse.

J’ai retenu par exemple l’intervention d’Eric Greenberg fondateur de Parmedia pour qui le futur est aux médias de participation (il y met beaucoup d’argent). Dans un registre totalement différent George Poste, directeur du Biodesign Institute a parlé des menaces biologiques qui peuvent être le fait du terrorisme ou de développements naturels. Une pandémie de grippe pourrait faire 2 millions de morts aux États-unis et, selon lui deux pays seulement sont prêts : le Danemark et Singapour.

La Chine, toujours

La globalisation a été abordée de deux façons. La première essentiellement technique concerne les outils dont les entreprises disposent pour coordonner le travail de leurs différents services sur de grandes distances (internet, grid computing, etc.).

La seconde concerne le déplacement du centre d’activité du monde vers l’Asie. On a beaucoup parlé de la Chine où il y a déjà – ça n’est qu’un exemple - plus d’utilisateurs de téléphones portables qu’aux États-unis (340 millions et un taux de croissance de 15% par an).

D’une façon générale, Mark Anderson est optimiste "Il y a plus d’opportunités pour créer de nouvelles sociétés, plus de science dans des secteurs important au niveau de la prochaine étape, là où l’informatique fusionne avec la biologie » a-t-il déclaré. Ça ne l’empêche pas d’être attentif aux risques : qu’il s’agisse des faiblesses de la sécurité informatique, du terrorisme ou des conflits potentiels.

Toujours la philanthropie

Mais toujours, il s’efforce d’obliger les présents à penser et agir de manière positive comme les Américains aiment bien faire, qu’il s’agisse du Projet Inkwell, sa fondation pour la promotion de la technologie dans l’enseignement, ou du projet open source Rosetta qui « utilise l’internet pour réduire les effets de la globalisation et de l’homogénéisation des cultures et des langues ». C’est le dernier bébé du fondateur du Whole Earth Catalogue (définition de Wikipedia) et de la fondation Long Now, Stewart Brand dont on a dit qu’il était « le moins reconnu et le plus influent des penseurs américain ».

Un des éléments les plus marquants de cette conférence est sans doute l’inquiétude manifestée par plusieurs participants américains qui doutent que leur pays maintienne longtemps sa position dominante. Les efforts faits par d’autres pour se mettre à jour, la taille et le dynamisme de l’Asie y sont pour beaucoup. Mais les États-unis ne peuvent ni ignorer, ni dénoncer ce qui se passe « ailleurs ».

Dès le premier soir, Robert Hormats, vice-président de Goldman Sachs International avait déclaré : "A part le terrorisme, la menace la plus sérieuse pour notre sécurité est l’état de notre système scolaire ».

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