Chine : réseaux et hiérarchie

Publié le 26 Avril 2005

Maocell La plupart des articles (aux États-unis) sur les manifestations anti-japonaises qui ont eu lieu en Chine ces dernières semaines ont insisté sur la complaisance du gouvernement. Elle ne fait pas de doute, mais l’essentiel est peut-être ailleurs.

En termes simples, dans ce pays où tout est contrôlé on a cherché la main de la hiérarchie alors que la force réelle provenait du réseau.

Un article publié ce lundi par le New York Times montre comment l’utilisation intensive des nouvelles technologies de communication ont permis au mouvement de prendre une ampleur qui a vite dépassé ce que les autorités avaient en tête.

350 millions de téléphones portables

Il faut savoir, ce que rappelle le quotidien, que 350 millions de Chinois ont un cellulaire (27% de la population, et la proportion est bien plus forte dans les villes et parmi les jeunes). Les internautes sont déjà 100 millions et voient leurs rangs grossir de 30% par an.

Informations, directives, mots d’ordres et autres appels ont été affichés sur la toile et ont circulé par courriels, messageries instantanées ou téléphones portables, tout ce qui permet aux gens de communiquer entre eux (horizontalement) sans passer par des institutions. Caractéristique de ce genre de mouvement, celui-ci ne semble pas avoir de chefs ce qui ne l’empêche pas d’être efficace.

L’article du New York Times a le mérite de montrer que « quelque chose » échappe au gouvernement, mais il centre l’attention sur les technologies employées. Elles permettent, il est vrai, une coordination impensable auparavant.

La dynamique sociale

Mais l’essentiel est dans la dynamique sociale, la coordination entre gens qui ne se connaissent pas (le phénomène de Smart Mobs cher à Howard Rheingold) et là-dessus l’ensemble des médias reste muet. Il est difficile de dire quand, mais il ne fait guère de doute que nous saurons un jour si j’hypothèse tient la route.

Le gouvernement qui avait d’abord laissé faire, voir encouragé, a très vite essayé de contrôler le mouvement.

Quant aux jeunes Chinois, sans aller jusqu’à parler de répétition générale, nombre d’analystes se demandent si après avoir goûté à la manifestation de rue contre un ennemi extérieur, ils ne seront pas tentés un jour d’appliquer contre leur propre gouvernement les leçons tirées.

La leçon vaut pour tout le monde, mais elle porte bien sur la force des réseaux face aux hiérarchies.

Qu’en pensez-vous ?

[Photo prise sur le site de Center for Distance Learning, Empire State College, New York]

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