Blogs et littérature (clin d’œil)

Publié le 28 Mars 2005

Calvino_lezioni_1 « Je rêve d’immenses cosmologies, de sagas et d’épopées encloses dans les limites d’un épigramme. »

Nous devons ce manifeste pour blogueurs à l’écrivain italien Italo Calvino. Elle figure dans un texte intitulé « Rapidité », la seconde de ses Leçons américaines. Un ouvrage fait d’une série de conférences qu’il devait prononcer à Harvard en 1985/86 – bien avant l’internet - sur le thème « Aide-mémoire pour le prochain millénaire ».

Attiré par la rapidité dans ce qu’il appelle « l’économie de la littérature », l’auteur des Villes invisibles termine cette « Leçon » en invoquant une sorte d’équilibre (il est balance lui aussi) entre Mercure et Vulcain.

Mercure et Vulcain

« Mercure représente la syntonie, autrement dit la participation au monde environnant ; Vulcain la focalité, autrement dit la concentration constructive. »

Il ne s’agit pas que de pondération : « la concentration et la craftsmanship de Vulcain sont les qualités requises pour dire les aventures et les métamorphoses de Mercure. La mobilité et la vivacité de Mercure sont les qualités requises pour donner sens à l’interminable labeur de Vulcain [...] »

Au risque d’apparaître comme dramatiquement pédestre je m’amuse à trouver que ces métaphores évoquent les tensions du bloggeur.

Vulcain devient alors l’inspirateur de ces billets que nous aimerions ciseler alors que les liens que nous y incrustons sont les lignes de fuite empruntées par Mercure pour assurer la « participation au monde environnant ».

Reste une dimension essentielle du blog dont la tension entre dieux grecs d’antan ne rend pas compte : l’enchaînement des billets.

Sterne et la digression

La tentation est forte de l’associer à cet art de la digression pratiqué par Laurence Sterne écrivain anglais dont s’est inspiré Diderot. « La rapidité du style et de la pensée signifie au premier chef l’agilité, la mobilité, la désinvolture ; autant de qualités qui vont de pair avec une écriture prête à vagabonder, à sauter d’un sujet à l’autre, à perdre cent fois le fil et à le retrouver après cent virevoltes, » écrit Calvino.

Il précise : « En un temps où d’autres médias triomphent, dotés d’une vitesse très élevée et d’un rayon d’action très étendu, menaçant de réduire toute communication à une croûte informe et homogène, la fonction de la littérature est de faire communiquer le divers avec le divers comme tel ; sans émousser sa différence, mais en l’exaltant au contraire, selon la vocation du langage écrit. »

Beau plaidoyer pour les blogs qui n’exclue pas les formes multimédia rendues possibles par la digitalisation… largement postérieure au moment où Calvino rédigea son « aide-mémoire pour le prochain millénaire »… dans lequel nous sommes.

J’aimerais bien savoir ce que vous pensez de cette… digression et ce qu’en dit Pierre Assouline (dont j’aime beaucoup le blog) et ceux qui s’intéressent, comme lui, à la relation entre « Blogs et littérature »…

Tags : Français, Médias
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