Steve Jobs et la liberté d’expression sur la toile

Publié le 8 Mars 2005

Steve Jobs à l’admirable génie est en train de doubler sur leur droite la Maison Blanche et Microsoft.

J’exagère ? Je vous invite à lire ce billet avant de trancher.

L’affaire est simple et connue. Plusieurs sites avaient annoncé avant MacWorld de janvier certaines des caractéristiques essentielles des produits que Jobs s’apprêtait à dévoiler en fanfare devant 5.000 fans admiratifs et les caméras de la presse professionnelle (voir ce billet). Pas bon pour le spectacle.

Ça n’a pas plus au patron d’Apple qui leur a intenté un procès et les enjoint maintenant de révéler leurs sources au motif qu’ils ne sont que des blogs et non des médias institutionnalisés protégés par les lois sur la liberté d’expression. Un juge de Santa Clara vient de lui donner raison.

Tollé chez les blogueurs

La décision n’est pas encore définitive mais elle a entraîné un tollé chez les blogueurs qui se sentent menacés et chez les défenseurs de la liberté d’expression que le précédent inquiète. Il met en danger l’avenir des médias électroniques et, plus profondément, tout le mouvement des citoyens-journalistes. Côté blogueurs, Dan Gillmor, ex chroniqueur vedette du Mercury News, utilisateur et chantre de la marque en d’autres occasions, soulève deux problèmes essentiels dans Computerworld.

  • Apple n’attaquerait pas si la même information avait été publiée par le New York Times, car cette vénérable institution a les moyens de se défendre dans un procès à long terme. Il s’agit donc d’une manœuvre « d’intimidation » selon un avocat qu’il cite.
  • Qu’une compagnie cherche à protéger ses secrets commerciaux y compris en licenciant ceux qui les filtrent à la presse c’est son droit, « qu’elle s’attaque à ceux qui ne font que recevoir l’information c’est aller trop loin ».

    « Attaque contre la liberté de la presse »

    Sur son blog personnel il qualifie la manœuvre « d’attaque contre la liberté de la presse » et remarque que si l’on s’en tient à la bizarre décision du juge, il a cessé d’être journaliste le jour où il a renoncé à son boulot au San José Mercury News et ouvert un blog personnel :

    A judge in California has decided that the sites don't qualify as "journalism" (AP) under state law and/or the First Amendment. By his bizarre and dangerous standard, I apparently stopped being a journalist the day I left my newspaper job after a quarter-century of writing for newspapers.

    Bizarre et dangereux

    Plus paradoxal encore, il m’arrive de publier sur mon blog des fragments d’information que j’utilise dans des articles publiés par des médias établis. Je serais, suivant la logique du juge californien journaliste dans un cas et pas dans l’autre. La même information pourrait être protégée quand elle paraît dans un quotidien et pas quand elle est en ligne sur Transnets. Bizarre et dangereux comme dit Gillmor.

    La revue Forbes s’en inquiète :

    The ruling, if it stands, will have a chilling and potentially devastating effect on not only blogs, which are growing in stature and prominence, but online media in general.

    Elle se demande si « Apple est le nouveau Microsoft » ?

    L’ironie du sort veut qu’au même moment la Maison Blanche reconnaisse de facto qu’un blogueur peut être considéré comme un journaliste. Lundi, pour la première fois, le blogueur Garrett Graff a été accepté au briefing tenu chaque matin pour les médias (il en rend compte dans ce billet).

    Certains ne manqueront pas de voir rouge en lisant ce billet, s’ils le finissent.

    Je crois pourtant qu’on devrait pouvoir admirer la technologie d’Apple et réprouver le comportement de la direction de la boîte dans cette affaire.

    Qu’en dites-vous ?

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